Quand l’Intuition Prend le Dessus
Dans mon processus créatif, je parcours à la fois le chemin rationnel et le chemin intuitif. Beaucoup de mes œuvres se composent de plusieurs couches d’émail et de décoration ; je note soigneusement l’ordre, les émaux utilisés et je prends des photos. Je répète cette démarche à chaque sortie du four, afin de conserver un tracé complet de mon travail. Des mois plus tard, cette documentation sert de guide pour retrouver des résultats similaires.
Pourtant, quelque chose d’étrange se produit. Le premier jour, à force de suivre scrupuleusement les schémas, ma spontanéité s’éteint, alors que je veux donner vie à ma céramique. Ce que je ressens ressemble à ce que la science cognitive appelle la « connaissance procédurale » : un savoir d’abord acquis consciemment, structuré et noté, qui descend ensuite à un niveau plus profond où le corps et l’esprit décident ensemble, sans que chaque geste doive être rationnalisé.
Après un certain temps—souvent entouré de dizaines de pots d’émail—je lâche les notes. Une porte s’ouvre alors : le geste retrouve sa mémoire, porté par tout ce qui a été accumulé. Une alchimie interne se met en place, faite de répétition, d’expérience, d’erreurs et de réussites. Le savoir que j’avais consigné n’a pas disparu ; il est enraciné dans mes gestes et ma perception. L’intuition prend le volant, soutenue par la préparation déjà effectuée.
La même expérience se produisait au début de chaque saison raku. Le premier jour, les pièces étaient souvent couvertes de bulles, victimes d’une réduction trop rapide et du stress d’un nouveau départ. Le lendemain, un rythme naturel s’installe, nourri par toutes les expériences de cuisson précédentes. Tout semble alors se dérouler comme par magie.
Comme lors de l’émaillage après des mois de préparation, ou lors du deuxième jour de la saison raku, le savoir et l’intuition font naître l’œuvre ensemble. GVDB.






