Notes

A propos des outils

L’outil n’est pas seulement un prolongement de la main, qui facilite son travail, mais aussi un moyen important de donner du caractère à la création.
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Cha-no-yu

Le bol à thé fait partie de la cérémonie du thé dans la culture chinoise…
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En tant qu’être humain,

je m’intéresse fortement à toute chose provoquant chez moi une curiosité ou un désir de recherche.
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Pas de lotus sans boue

Lorsque nous admirons un vase céladon chinois de la dynastie Song du
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Problèmes politiques

Les entreprises artistiques, comme toute activité, peuvent être considérées
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Seulement la préparation …

En tant que céramiste, je suis familier avec la structure, la conception et la

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Sur l’art conceptuel

On peut dire que l’art, par son existence même, contribue à l’image de

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Travailler assis?

Dans le monde de la céramique, beaucoup de travail se fait en position

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 Unité dans la diversité

Il est grand temps que quelqu’un fasse comprendre qu’il y a une différence entre ceux qui utilisent l’argile comme médium dans leur expression artistique et ceux qui utilisent l’argile pour faire de la poterie, qu’elle soit fonctionnelle ou non. Le fait que l’un ait été admiré ces derniers temps et que l’autre soit rejeté comme démodé me semble trop simpliste. Cette idée fausse est née lorsque la céramique a été incorporée comme un médium à part entière dans l’art contemporain, de sorte que le métier de potier a soudainement été considéré comme une chose du passé. Cependant, il n’est pas nécessaire de considérer ces deux tendances de la même manière que certains journalistes voudraient vous le faire croire ces derniers temps. On n’est pas anachronique a priori si l’on fabrique encore des pots, pour ainsi dire, tout comme il n’est pas vrai que seule la céramique libre en tant qu’expression a de l’avenir. Ceux-ci coexistent et ont une fonction différente et surgissent sous un angle différent. Le renouveau peut se produire sur les deux fronts et ne doit pas nécessairement se produire en rejetant l’ancien. Personnellement, j’apprécie certaines expressions céramiques contemporaines et j’ai tout autant de respect pour une simple forme de vase de potier. Ce dernier peut m’amener à la contemplation et à l’émerveillement que beaucoup de créations céramiques d’aujourd’hui ne peuvent m’offrir. Tout comme un simple bol à thé peut augmenter considérablement la qualité de mon quotidien. La différence d’approche et la manière dont on donne forme à la matière de manière créative ont tout à voir avec la façon dont vous, en tant qu’artiste, répondez aux grands problèmes et questions de notre époque. Ce n’est pas que ceux qui veulent apporter l’harmonie et la beauté au monde n’ont aucune notion des choses, ou qu’ils sont incapables de penser, ou qu’ils font l’autruche à ce qui se passe dans le monde, ils agissent et réagissent simplement avec un esprit différent. Parce qu’ils croient que le chaos et les grandes questions, les problèmes de notre temps ne peuvent pas être résolus en les mettant simplement en avant comme matières brutes. Ces questions manquent de transformation en une culture de la sophistication moins blessante, moins choquante, moins chaotique. Cette transformation, cette tentative de transformation, cette catharsis, à mon sens, a tout autant de raison d’exister pour renouveler notre culture : GVDB.

 

 

Quand l’homme perd le ciel

Imagine le ciel dans quelques années : non seulement le jour, mais aussi le soir, rempli de drones livrant des colis, des pizzas, des marchandises, du courrier, comme des nuées d’oiseaux entre les immeubles. Les villes prennent l’allure de bandes dessinées futuristes, où la nature est reléguée au rang de décor et de divertissement. Des robots androïdes régulent la circulation, assument des fonctions policières, pratiquent des interventions médicales et offrent un soutien psychologique. Ils deviennent des compagnons pour les solitaires, des présences familières et parfois même des êtres aimés.

Ce n’est pas de la science-fiction, mais une vision du monde dans laquelle la maîtrise technique devient la valeur suprême. La Chine n’y apparaît pas comme une caricature, mais comme un laboratoire : une société qui mobilise la technologie comme prolongement de la gouvernabilité, de l’efficacité et de l’ordre collectif. Il ne s’agit pas d’un jugement moral, mais d’un constat.

Ce qui frappe alors, ce n’est pas seulement ce qui apparaît, mais aussi ce qui disparaît : la conscience de l’existence de limites qui ne sont pas techniques, mais existentielles. La transcendance se réduit à une mémoire rituelle, la nature devient ressource ou décor, et l’être humain se voit ramené à un nœud de fonctions. Le néo-confucianisme offre ordre et devoir, mais peu de résistance face à un monde qui veut devenir entièrement calculable. La liberté taoïste et le détachement bouddhiste s’accordent difficilement avec une économie vouée à l’accélération permanente. Les traditions assurent une continuité, mais offrent peu de protection contre une vision du monde qui cherche à tout maîtriser.

L’Europe se tient face à cela dans une position inconfortable. Non parce qu’elle serait technologiquement en retard, mais parce qu’elle est intérieurement divisée. Notre civilisation est stratifiée : la pensée grecque de la mesure et de la limite, le droit romain, l’idée chrétienne de la dignité humaine, les Lumières et la conscience écologique. Notre spiritualité est peut-être endommagée, mais elle n’est pas vide. Nous portons encore en nous — pour combien de temps ? — la conviction que le pouvoir sans limites se transforme en hybris. Cette conviction ne garantit pas la sagesse, mais elle constitue néanmoins un frein à la maîtrise totale.

Cette tension n’est pas un débat culturel abstrait. Elle devient visible là où la rationalité technologique s’inscrit le plus profondément dans notre monde vécu. Non comme une opposition entre la Chine et l’Europe, mais comme la question de savoir si une civilisation reconnaît encore des limites qui ne sont pas d’ordre technique. L’écologie et la science n’y sont pas des thèmes périphériques, mais des cas d’épreuve : des lieux où l’on voit si les limites sont reconnues ou simplement recalculées.

Notre conscience écologique peut constituer un pont, non seulement comme instrument de gestion des problèmes, mais comme reconnaissance d’une signification qui échappe au calcul purement technique. Il ne s’agit pas de protection de l’environnement réduite à des graphiques de CO₂ ou à des modèles de contrôle, mais d’une redécouverte de la nature comme réalité qui nous dépasse. La technologie repose sur des applications rationnelles, et ses produits restent toujours l’œuvre de l’homme. Leur présence croissante dans le paysage réduit la perception du sacré : ce qui pouvait autrefois susciter un sentiment de transcendance est de plus en plus médiatisé par l’échelle humaine. Tant que la nature est envisagée uniquement comme système, ressource ou variable, elle ne subsiste dans notre pensée économique que comme source de rendement.

Ce n’est que lorsque nous pensons aussi la nature verticalement, comme porteuse de sens, que son essence plus profonde réapparaît.

De manière comparable, cette tension devient visible dans la science. La question de savoir si la science peut être pratiquée autrement n’est pas une nostalgie. Elle ne signifie pas que les faits cèdent la place aux sentiments, mais que soient rendues explicites les conceptions de l’homme et du monde qui orientent notre recherche. L’idée d’une connaissance neutre est le produit d’un contexte historique et économique particulier ; sa neutralité n’a jamais été absolue. Une science qui reconnaît ses propres présupposés ne s’affaiblit pas, elle devient adulte.

La chance de l’Europe ne réside pas dans le ralentissement de la technologie ou de la pensée scientifique, mais dans la redéfinition de leur finalité : toutes deux comme des moyens à l’échelle humaine, et non comme des forces autonomes. L’imagination devient alors la clé : les civilisations ne disparaissent pas par manque de moyens, mais parce qu’elles externalisent leurs rêves à des systèmes. Les drones peuvent tout livrer, sauf le « pourquoi » de notre existence. Préserver ce pourquoi, ce chemin étroit entre résistance et rêve, est peut-être le défi le plus décisif de notre temps.


Caractéristique du design sur la girelle

Chaque forme de pot sur la girelle est créée par la conjonction de deux
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Couleur et céramique

Comment arriver à un choix dans l’utilisation de la couleur dans la..
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L’art de l’échec

En tant que céramiste, vous rencontrez souvent des surprises et l’échec fait
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Pour entrer dans le chemin créatif

Pour entrer dans le chemin créatif, il ne faut pas se laisser guider uniquement…
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Rendre l’ordinaire extraordinaire

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Spontanéité

La spontanéité est souvent définie au petit bonheur comme agissant sur le
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Sur l’autonomie d’un artiste

L’artiste est le premier pour réfléchir à la qualité de son travail

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Unité entre surface et support

De même que la représentation picturale s’est déplacée de la simple

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La beauté et l’harmonie comme acte de Resistance

Il existe, dans tout processus créatif, un instant qui ne se laisse pas prévoir. Un instant qui ne naît ni dans la tête, ni dans la main, mais quelque part entre les deux — ou peut être même au delà. Une légère inflexion, une ouverture dans la matière, une direction qui se révèle sans s’imposer. Comme si la forme, encore à naître, portait déjà le pressentiment d’elle même.

Notre regard s’est façonné au fil d’années de voir, de perdre, d’attendre. Nous reconnaissons les petites déviations, les tensions qui n’ont pas encore de nom. Mais regarder ne crée rien. Ce n’est que l’ouverture par laquelle autre chose peut entrer.

La main se met en mouvement. Elle connaît la résistance de l’argile, la lenteur du séchage. Elle répète, échoue, reprend, et inscrit son savoir dans une mémoire plus ancienne que les mots. Mais la main n’est pas davantage l’origine. Elle est l’instrument qui attend une note qui n’a pas encore résonné.

Et puis, parfois soudainement, surgit une clarté qui ne vient pas de la volonté. Une impulsion intérieure qui nous traverse. Les Grecs parlaient de nous : une compréhension qui apparaît comme une chute de lumière. Bachelard dirait que la matière rêve, Merleau Ponty que la vision se fait chair — mais ici, c’est simplement l’œuvre qui commence à se rassembler. Les taoïstes parlent de wu wei : agir sans forcer, suivre ce qui cherche à naître. C’est le moment où la séparation entre nous et la matière se dissout.

Alors commence le mouvement ordonnateur. Non comme règle, non comme méthode, mais comme une vibration qui attire les éléments les uns vers les autres. Les lignes trouvent leur tension. Les creux s’ouvrent. La couleur cherche l’unique endroit où elle se dépose. Ce qui était dispersé se met à résonner. Comme en musique, où une contre voix ne heurte pas mais soutient, naît dans l’œuvre une harmonie qui n’est pas lisse, mais vivante ; non parfaite, mais nécessaire.

Le chaos n’est alors plus un ennemi, mais une origine. Mais seulement lorsqu’il est accueilli dans ce mouvement — lorsqu’il reçoit la réponse de l’attention, de la discipline, et d’une force formatrice qui ne contraint pas mais guide. La liberté sans cette force se dissout en bruit. La forme sans cette force se fige en décoration. La beauté n’apparaît que là où les deux se rencontrent.

Ce mouvement n’appartient ni à nous ni à la matière. Il naît entre les deux. Un lieu où l’œuvre commence à devenir elle même, et où nous ne sommes que ses accompagnateurs.

Là, dans cet instant de coïncidence, la beauté trouve sa chance. Non comme ornement, non comme nostalgie, mais comme un moment de vérité où tout s’accorde — parce qu’il ne pouvait en être autrement. GVDB.